Page créée le 15 Juillet 2003 - Page dernièrement modifiée le Jeudi 19 Janvier 2006

Présentation scientifique du Bouquetin des Alpes

 

Il sera traîté ici la présentation du Bouquetin des Alpes : sa classification, sa biologie, son écologie mais aussi son comportement. A l'avenir, des modifications seront effectuées donc jetez y un oeil de temps en temps !


Plan :




 

 

 


SYSTEMATIQUE DU BOUQUETIN DES ALPES


La place du genre Capra dans le monde animal

Embranchement
Classe
Ordre
Famille
Sous-famille
Genre
Espèce
Vertébrés
Mammifères
Ongulés artiodactyles
Bovidés
Caprinés
Capra
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Oiseaux
Cétacés et pinnipèdes
Equidés
Ovinés
Poissons
Insectivores
Suidés
Bovinés
Batraciens
Carnivores
Cervidés
Rupicaprinés
Reptiles
Chiroptères
Antilopes
Rongeurs
Onguiculés

Le Bouquetin des Alpes appartient au genre Capra. Ce genre comprend toutes les espèces de caprins, sauvages ou domestiques (chèvres).

Ce genre Capra fait partie de la sous-famille des Caprinés et de la famille des Bovidés (regroupant tous les ruminants à vraies cornes), faisant elle-même partie de l'ordre des Ongulés artiodactyles (regroupant les mammifères dont les membres se terminent par des sabots et un nombre pair de doigts).

Géographiquement, le genre Capra n'est présent qu'en hémisphère nord. Actuellement, la systématique (ou classification) des caprins - et donc du Bouquetin des Alpes - est toujours l'objet de controverse. Les avis divergent selon les critères étudiés : morphologie, biologie, paléonthologie et génétique.

Etudions maintenant, dans les deux paragraphes suivants, les deux classifications possibles du Bouquetin des Alpes au sein du genre Capra.

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La classification des caprins de G.-B. Schaller (1977)

La classification officiellement reconnue par les scientifiques est celle de G.-B. Schaller (1977). Elle distingue 6 espèces de caprins de part le monde et 5 sous-espèces de l'espèce Capra ibex (dont fait partie le Bouquetin des Alpes) :

6 ESPECES du genre Capra
  • Capra aegagrus : la Chèvre sauvage ou Chèvre aegagre.
  • Capra hircus : la Chèvre domestique.
  • Capra falconeri : le Markhor.
  • Capra cylindricornis : le Tour.
  • Capra pyrenaïca : le Bouquetin ibérique.
  • Capra ibex.
5 SOUS-ESPECES de l'espèce Capra ibex
  • Capra ibex ibex : le Bouquetin des Alpes.
  • C.i. sibirica : le Bouquetin de Sibérie.
  • C.i. nubiana : le Bouquetin du Nubie.
  • C.i. walia : le Bouquetin d'Abyssinie.
  • C.i. caucasica : le Tour du Caucase.

D'autres auteurs abondent dans ce sens, comme Rossi (1985), Stüwe (1987/88), Gauthier (1989) ...

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DESCRIPTION ET BIOLOGIE DU BOUQUETIN DES ALPES


Bouquetin mâle adulte, au printemps, dans le massif des Cerces.

Photo : Mathieu Krammer.

Le mâle

Le mâle, aussi appelé bouc, mesure entre 75 et 90 cm au garrot pour une longueur, du museau à la queue, comprise entre 140 et 160 cm.

Selon la saison, le mâle adulte pèse entre 65 et 100 kg. Le bouc, trapu, possède de courtes mais solides pattes, un cou large et des yeux assez écartés.

Dès l'âge de 3 mois, la tête du mâle s'orne de cornes persistantes, recourbées vers l'arrière et plus ou moins divergentes selon les individus et les populations. Elle grandissent toute la vie en se parant de nodosités, aussi appelées bourrelets de parrure. Lors de la mort de l'animal, elles peuvent atteindre un mètre de longueur et peser près de 5 kg la paire.

Le pelage d'été du bouc est de couleur gris fer, hormis le ventre qui est parfois blanc, le dessus de la queue brun marron, les membres plutôt bruns foncés voire noirâtres et une bande médiane sur le dos de couleur presque noire (celle-ci peut cependant faire défaut). Dès le mois de novembre, le pelage des mâles s'assombrit et devient marron foncé.

Dernière caractéristique : le bouc porte une barbiche qui se détache de toute la largeur du menton, plus longue en hiver qu'en été.

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La femelle

La femelle, également appelée étagne, est plus petite et plus fine que le mâle. Elle mesure entre 70 et 78 cm de hauteur au garrot pour une longueur comprise entre 105 et 145 cm. Son poids varie entre 35 et 50 kg.

La tête, ressemblant à celle de la chèvre domestique, est également pourvue de cornes. Cependant, contrairement au mâle, elles sont dépourvues de bourrelets, beaucoup plus minces et courtes. En effet, elles ne mesurent que 20-25 cm (30 au maximum) et ne pèsent que 100 à 300 g la paire, au maximum.

Le pelage de la femelle est beige jaunâtre ou châtain clair, à l'exception du ventre plutôt blanchâtre et des membres qui sont bruns foncés. Il s'assombrit légèrement en hiver. En tout cas, la robe de l'étagne est plus claire, en toutes saisons, que celle du bouc.

Le pelage des jeunes Bouquetins, mâles ou femelles, est beige fauve à la naissance et demeurera, jusqu'à l'âge de 2 ans, plus clair que celui des femelles adultes.

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Etagne en pelage estival.

Photo : Mathieu Krammer.

Reconnaissance des sexes

A partir de l'âge de 2 ans, le dimorphisme sexuel est suffisamment marqué pour que la détermination des sexes en nature soit possible.

A 2 ans, la détermination du sexe est plus délicate et repose essentiellement sur un examen attentif des cornes : celles des éterlous (jeunes mâles) sont plus épaisses à la base (du fait de l'apparition des premières nodosités), tandis que celles des éterles (jeunes femelles) sont plus minces et dépourvues de bourrelets.

Chez les cabris, la reconnaissance des sexes est impossible avant 5-6 mois et reste très difficile jusqu'à 1 an. Cette différenciation repose sur la longueur des cornes et surtout de leur diamètre, et nécessite donc une observation à faible distance et/ou des moyens optiques importants (longue-vue performante).

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Estimation de l'âge (sur le terrain)

Il n'est pas facile de déterminer l'âge d'un Bouquetin avec précision, malgré son caractère placide. On peut cependant distinguer plusieurs classes d'âge :

La première classe, commune aux deux sexes, rassemblent les sujets de moins d'un an (cabris). Ils se caractérisent par leur petite taille, une silhouette infantile et leurs cornes qui ne dépassent guère les 15 cm.

A partir de leur deuxième année, la différenciation est possible. On peut donc distinguer :

Eterle âgée d'un peu plus d'un an.

Photo : Mathieu Krammer.

Concernant les mâles adultes, l'estimation de l'âge peut être beaucoup plus précises. Il faut pour cela compter les anneaux d'âges, très marqués chez la plupart des individus (et non les nodosités comme on le croit souvent), ce qui rend possible leur décompte par un observateur situé à faible distance et muni d'une longue-vue à fort grossissement.

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Adaptations à la montagne

Ses membres puissants et ses pieds dont la sole est large et très élastique permettent au Bouquetin des Alpes de se déplacer dans les rochers avec une aisance impressionnante, bien plus importante que celle du chamois.

Si l'absence de membranes interdigitales, entre les sabots, accentue sa portance sur le rocher, elle diminue son habilité sur la neige. En effet, ces membranes, que possèdent le Chamois, jouent le rôle de raquettes lorsque l'animal marche dans la neige. Le Chamois est donc beaucoup plus à l'aise que le Bouquetin dans la neige.

Le Bouquetin mue une seule fois par an, en mai-juin. Les animaux se débarrassent alors de leur épaisse fourrure hivernale, en se frottant sur les rochers ou les arbres. Des mottes de duvet blanchâtre peuvent alors être retrouvées accrochées à la pierre et aux arbustes. La mue occasionne de fortes démangeaisons aux animaux, qui se grattent aussi souvent avec leurs cornes ou leurs pattes arrières.

Inversement, dès les premières gelées automnales, une couche de poils plus sombres vient épaissir le court pelage d'été. Cette toison hivernale assure une bonne protection contre le froid montagnard.

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Reproduction

Le Bouquetin est une espèce polygame. Le rut dure 4 à 5 semaines, de fin novembre à mi-janvier.

L'âge des animaux participant réellement au rut est très variable suivant les colonies. La maturité sexuelle est atteinte à 1,5 ans mais n'est utilisée, à cet âge, que par les femelles dans les colonies récemment créées. L'étagne est monoestrienne, c'est-à-dire qu'elle est réceptive (donc en chaleur) quelques jours par an seulement, lors du rut. A cette époque, le bouc est aussi en chaleur, mais pendant plusieurs semaines quant à lui. On pense qu'il pourrait même se reproduire toute l'année. On remarque qu'un mâle est en chaleur par sa queue rabattue sur l'échine laissant ainsi apparaître un fessier blanc.

Les hardes mixtes commencent à se former dès le début du mois novembre, mais le rut à proprement parlé ne débute réellement qu'au début du mois de décembre. Au sein de ces troupeaux, il se crée une hiérarchie. Le dominant, généralement le mâle le plus âgé mais surtout le plus fort, se réserve le droit de saillir les femelles de son choix. Les autres mâles sont donc obligés d'attendre que le dominant soit occupé avec une étagne ou de ruser pour couvrir une autre femelle ! Lorsqu'un mâle de force équivalente conteste cette primauté, c'est le combat. Rarement violent, le choc des cornes peut néanmoins s'entendre à plus d'un kilomètre de distance. Mais ces combats se produisent aussi entre les mâles de tous âges. Ainsi, cette hiérarchie fait que les plus jeunes ont moins de chance de se reproduire, alors qu'ils se montrent beaucoup plus excités et importuns envers les femelles que leurs aînés. Durant cette période, les cabris restent avec leur mère ou se joignent avec d'autres individus du même âge. Aucun observateur n'a constaté d'aggresivité des mâles envers les cabris.

Lorsque la femelle désire se faire copuler, elle ne repousse plus, par coups de cornes ou par fuite comme auparavant, les avances du mâle. Elle manifeste sa soumission en frétillant la queue. Plusieurs coïts sont effectués en quelques heures : des observateurs ont aperçus 6 fécondations d'un même mâle sur une même femelle en une après-midi ! Beaucoup de ces accouplements se déroulent tard le soir ou même la nuit.

Cabri de l'année tétant sa mère.

Photo : Mathieu Krammer.

C'est au cours du rut que les mâles se montrent les moins farouches. Cependant, les femelles étant toujours aussi craintives, elles fuient souvent les premières, entraînant les mâles à leur poursuite.

Le rut se termine généralement début janvier. Des conditions météorologiques difficiles en début d'hiver, empêchant les mâles de rejoindre les femelles, peuvent entraîner des accouplements plus tard, jusqu'en février. Bien sûr, ils entraînent des mise-bas retardées, courant juillet (au lieu de début juin). A la fin de rut, les animaux se montrent particulièrement fatigués car ils mangent très peu durant cette période : les mâles sont complétement "absorbés" par les femelles et celles-ci peuvent difficilement se nourrir, constamment "harcelées" par les boucs.

Dans les grandes et anciennes réserves fortement pourvues en Bouquetins, comme le Parc National italien du Grand Paradis en Italie, la femelle ne met bas qu'une fois tous les 2 ans en général.

Au contraire, dans les secteurs abritant une population réduite, récemment acclimatée et disposant d'un biotope à leur convenance, la mise bas peut s'effectuer tous les ans pour chaque femelle. De plus, la maturité sexuelle est généralement utilisée dès l'âge d'un an et demi dans ces colonies. Au contraire, au sein des "vieilles" populations, les deux sexes n'utilisent cette maturité qu'à l'âge de 2 voire 3 ans et demi. On peut donc dire que le Bouquetin peut moduler sa fécondité.

Chez les femelles, il semble que la meilleure productivité se situe entre 3 et 13 ans avec un maximum aux alentours de 8 ou 9 ans. Un mâle peut se reproduire jusqu'à l'âge de 16-17 ans et une femelle jusque vers 14-15 ans, rarement plus.

Après 165 à 170 jours de gestation, la femelle met bas. Les naissances interviennent généralement au début du mois de juin mais peuvent s'échelonner entre la fin du mois de mai et la mi-juillet.

L'étagne met bas un seul cabri généralement, mais des jumeaux peuvent être observés dans certaines colonies, notamment dans les plus jeunes. Peu d'avortements sont constatés et la mortalité à la naissance est rare. Par contre, un nombre important de cabris meurent pendant le premier mois. Il est très difficile de savoir si une femelle a des jumeaux. Même l'observation de deux cabris têtant une même femelle n'est pas une preuve suffisante car les étagnes peuvent accepter le cabri d'une étagne morte après la naissance.

Cabri de l'année. On remarque le bout de ses cornes qui commence à pointer.

Photo : Mathieu Krammer.

Le nouveau-né se tient debout dès les premières heures et peut suivre sa mère au bout de 48 heures. D'ailleurs, des femelles commencent leur migration saisonnière avec des cabris d'une semaine à peine.

L'allaitement actif dure 2 à 3 mois mais peut se prolonger durant l'hiver (jusqu'en janvier parfois).

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Longévité

La longévité potentielle extrême est estimée à 25 ans chez le Bouquetin des Alpes.

En liberté, s'il échappe aux différents dangers qui le guettent et aux maladies, le mâle peut parfois atteindre 20 ans mais c'est extrêmement rare. Par exemple, en 1961, dans le Parc National du Gran Paradiso (Italie), sur 3479 bouquetins, on ne comptait que 8 mâles de plus de 14 ans.

En captivité, s'ils sont bien nourris et bien soignés, les animaux vivent généralement plus longtemps. Le record actuel est de 23 ans et 6 mois pour un mâle suisse né et ayant passé toute sa vie en captivité.

La femelle, par son mode de vie, aurait une espérance de vie légèrement supérieure à celle du mâle.

Cependant, pour le bouc ou l'étagne, les premières signes de décrépitude apparaissent vers la quinzième année.

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ECOLOGIE DU BOUQUETIN DES ALPES


 

Habitat (en général)

Contrairement à une croyance populaire, le Bouquetin des Alpes n'est pas un animal de montagne mais un animal de rocher.

Biotope typique du Bouquetin des Alpes : ici les Tours du Lac d'Allos (Haut-Verdon - PN du Mercantour).

Photo : Mathieu Krammer.

D'ailleurs, sa répartition fossile en témoigne : tous les sites non montagneux où des vestiges de Bouquetins ont été trouvés présentent des escarpements rocheux. Des fossiles de Bouquetins ont ainsi été trouvés à la grotte de l'Observatoire (Monaco).

Il lui faut de grandes parois rocheuses abruptes, riches en surplombs, couloirs, vires...

Par contre, il s'adapte fort bien à des altitudes, des climats et des paysages végétaux très différents.

Dans les massifs élevés, le Bouquetin vit généralement entre 2400 et 3300 mètres mais, sur ces mêmes massifs, on peut le voir évoluer 1000 mètres plus bas. Autre exemple montrant l'adaptation des Ibex à des altitudes diverses : dans les falaises du Royans (Parc Naturel Régional du Vercors), les Bouquetins lâchés en 2000 et 2002 se sont fort bien acclimatés au site et vivent toute l'année entre 250 et 1200 mètres d'altitude seulement. Contrairement à ce que l'on croyait jusqu'à présent, la présence d'un milieu ouvert (pelouses ou landes) ne lui est absolument pas indispensable : alors que les Bouquetins des Alpes internes vivent entre falaises et pelouses alpines, dans les falaises du Royans (Isère), ces mêmes animaux évoluent dans les landes et taillis à buis, amélanchiers, genévriers, chênes blancs, pins sylvestres... des Gorges de la Bourne. Par contre, le Bouquetin des Alpes ne semble fréquenter qu'exceptionnellement la forêt mais s'y est néanmoins acclimaté dans des sites où il y a été introduit (colonie forestière du Creux du Van, dans le Jura suisse). Lorsqu'il y est présent, c'est uniquement à la limite supérieure et en hiver ou au printemps (voire très ponctuellement en été en cas de chutes de neige en altitude).

En haute montagne, le Bouquetin est surtout un animal des adrets, c'est-à-dire des versants exposés au sud. En effet, ces versants sont plus rapidement déneigés en hiver. En été cependant, lors des canicules, il lui arrive de fréquenter les crêtes ventées ou de basculer sur les ubacs (versants nords). A plus basse altitude, il semble fréquenter indifféremment les adrets et les ubacs. Le bouquetin n'aime pas la neige et ne franchit jamais de grands névés ou de glaciers.

Son domaine de prédilection correspond donc aux versants rocheux escarpés, plutôt exposés au sud, peu boisés et entrecoupés de vires herbeuses et de falaises.

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Nourriture

Le Bouquetin des Alpes se nourrit de nombreuses espèces végétales.

En haute montagne, les plantes herbacées constituent la base principale de son alimentation. Les graminées (fétuques, flouves odorantes, nards, canches, fléoles, sesléries, avoines dorées, pâturins et dactyles) sont les plus recherchés, suivis des légumineuses, composées et cypéracées.

Il ne dédaigne pas pour autant les feuilles et les jeunes pousses d'arbustes de l'année, tels que le bois gentil, l'airelle, le raison d'ours, la myrtille, le rhododendron, mais aussi d'arbres, comme le hêtre, le bouleau, l'érable, le mélèze et les pins montagnards. A basse altitude, ces pousses d'arbres et d'arbustes constituent une part importante de l'alimentation (principalement cytise-à-feuilles-sessiles, alisier blanc et amélanchier en Royans).

Le Bouquetin absorbe souvent de l'eau sous forme de neige ou de rosée mais boit (dans un ruisseau ou une flaque) très rarement.

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Maladies

Comme tous les animaux et les êtres vivants en général, le Bouquetin des Alpes peut contracter des maladies, virales, bactériennes ou parasitaires, mais aussi être victime de traumatismes, tumeurs, malformations ou intoxications.

Beaucoup de Bouquetins sont porteurs de parasites internes (strongles disgestifs et pulmonaires, coccidies, douves...) ou externes (poux, tiques...) avec lesquels ils vivent en harmonie plus que précaire. Ces maladies parasitaires, les plus communes, sont rarement une cause directe de mortalité mais peuvent affaiblir l'organisme et le rendre plus vulnérable aux affections virales et bactériennes, moins courantes mais plus pathogènes, ainsi qu'aux conditions climatiques. Malheureusement, l'espèce est très sensible aux maladies qui affectent les troupeaux domestiques (piétin notamment).

Généralement, ces maladies affectent un faible nombre d'individus au sein de la colonie. Il s'agit le plus souvent d'animaux épuisés, affaiblis ou âgés. Mais certaines maladies peuvent se manifester en véritable épizooties, comme la pleuropneumonie, la kératoconjonctivite ou, plus violente, la gale.

Cependant, ce sont les accidents (chutes, foudre), les facteurs climatiques et la vieillesse qui sont à l'origine de la plupart des cas de mortalité.

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ETHOLOGIE DU BOUQUETIN DES ALPES


 

Utilisation de l'espace

Le Bouquetin des Alpes a besoin d'un domaine vital très étendu pour satisfaire l'ensemble de ses exigences.

Petite harde de sept Bouquetins mâles dans le secteur de Combal (massif du Beaufortain - Mont Blanc).

Photo : Stéphane SEVINO ( réalisée le 22 mai 2003).

Il varie, selon l'âge et le sexe de l'animal, entre 2 et 20 km². Il est composé d'au moins 3 domaines saisonniers qu'il utilise régulièrement chaque année : celui d'hiver (qui inclue aussi les places de rut) fréquenté de novembre à mars ; celui de printemps, d'avril à juin et celui d'été, de juin à octobre. Le territoire estival, le plus étendu, peur représenter plus de 70% de l'espace vital total. Globalement, les domaines vitaux des mâles adultes sont plus grands que ceux des étagnes et des jeunes mâles.

Les domaines saisonniers, généralement distincts (notamment en haute montagne), sont plus ou moins éloignés suivant la configuration du relief (jusqu'à une vingtaine de kilomètres de distance) et reliés par des corridors de circulation constitués par les crêtes rocheuses principales et leurs ramifications.

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Utilisation du temps

La principale activité des Bouquetins au cours de la journée (période diurne) est l'alimentation. Les autres activités sont le repos, durant lequel se déroule la rumination, et les déplacments. Le reste de la journée est consacrée aux relations sociales, à l'observation et chez les jeunes, aux activités ludiques.

Le déroulement et la durée de ces activités (rythme journalier d'activités) varient en fonction de l'âge et du sexe de l'individu, mais aussi des saisons, des disponibilités alimentaires et des conditions météorologiques.

En été, les mâles pâturent en début de matinée et en début de soirée, en dessous de leur zone de repos, entre 2300 et 2700 dans les massifs les plus élevés. Ils retournent ensuite se reposer et ruminer plus haut, entre 3000 et 3300 mètres. Les mâles ne craignent ni le soleil ni le froid et peuvent rester 7 ou 8 heures à la même place. Les femelles et les jeunes s'alimentent plus régulièrement et alternent court repas et courtes phases de repos.

Lors du rut, les activités liées à la reproduction accaparent les mâles, tandis que les femelles ne modifient presque pas leur rythme d'activités. En hiver cependant, pour les mâles comme pour les femelles, la recherche de la nourriture, qui se fait beaucoup plus rare, oblige les Bouquetins à y consacrer la majeure partie de leur temps.

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Vie sociale

Harde de Bouquetins mâles dans le Parc National de la Vanoise.

Photo : Charles BESSON (www.campus.ecp.fr/~charlie/index.html)

Chevrée d'une vingtaine de membres (seule une dizaine visible sur la photo) composée d'étagnes, d'éterles, d'éterlous et de cabris.

Photo : Mathieu Krammer.

Le Bouquetin des Alpes est un animal grégaire qui vit en groupes ou hardes de taille et de composition variable au cours du temps (elles ne sont jamais composées des mêmes individus au cours du temps). Les traits sociaux qui caractérisent cette espèce sont : le grégarisme (plus marqué chez les mâles que chez les femelles) et la ségrégation des sexes.

Cet aspect est très visible dans les anciennes populations où le grégarisme par sexe se manifeste par des structures bien établies. Les Ibex, en dehors du rut et des brèves rencontres printanières, se regroupent en hardes nettement séparées : mâles adultes d'un côté ; femelles, cabris et jeunes (parfois quelques mâles) de l'autre.

Pour finir, le solitarisme, courant chez le Chamois, est très rare chez le Bouquetin. Quelques mâles aiment à s'isoler après les rassemblements du rut, tandis que les vrais solitaires sont les très vieux mâles qui se retirent pour finir leurs derniers mois ou dernières années de vie. Les femelles ne sont jamais solitaires et finissent toujours leur vie au sein d'une chevrée.

A l'approche du rut, les groupes de mâles se fractionnent. Le rut est annoncé par le rassemblement des mâles de deuxième année et la dispersion des boucs, seuls ou en petits groupes de 2 ou 3. Lors du rut proprement dit, de grandes hardes mixtes se constituent mais les bandes ne sont pas homogènes et les sujets passent rapidement d'un groupe à l'autre. Dans les colonies fortement peuplées, plus de 100 animaux peuvent se rassembler sur une portion du territoire.

Le rut terminé, les Bouquetins rejoignent leurs quartiers d'hiver. Les hardes se désagrègent en groupes plus restreints où toutes les combinaisons sont possibles. Les groupes mixtes se maintiennent surtout lorsque les animaux sont contraints par la couverture neigeuse à se rassembler sur les stations-refuges, plus petites.

Au printemps, la ségrégation des sexes se rétablit progressivement mais des hardes mixtes peuvent encore être observées. En été cependant, la séparation des mâles et des femelles est de mise.

La densité, le dynamisme et l'ancienneté des populations influent également fortement sur l'organisation sociale des Bouquetins : dans les populations créées récemment, les hardes mixtes sont beaucoup plus nombreuses. Dans les populations anciennes et nombreuses, le faible taux de natalité permet à un grand nombre d'éterles et d'éterlous, dont la mère n'est pas suitée, de demeurer au sein des groupes familiaux. Au contraire, dans les populations récentes, à fort accroissement, les jeunes sont évincés de ces groupes par les femelles suitées. Dans ces populations, les nurseries sont plus fréquentes.

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Communications interindividuelles

Comme tous les animaux grégaires, le Bouquetin des Alpes a besoin de transmettre des informations à ses semblables.

Ces signaux sont sonores : sifflements courts produits par les femelles et les jeunes généralement, en expirant dans les naseaux, lorsqu'ils sont effrayés ; bêlements plaintifs du jeune qui appelle sa mère ... Ils peuvent aussi être olfactifs mais surtout visuels. Ces derniers sont des attitudes ritualisées qui permettent d'établir l'ordre hiérarchique indispensable à la cohésion des hardes ou au partage de la nourriture. Ils ont une forte signification sociale.

De tous âges et de tous sexes, les Ibex ont des relations comportementales variées. Ainsi, les jeunes mâles consacrent beaucoup de temps à des joutes qui leur permettent de se situer au sein de la harde. Ces confrontations ont lieu toute l'année mais surtout au printemps. Les boucs adultes effectuent également ces combats qui leur permettent d'acquérir un rang hiérarchique élevé, indispensable pour participer à la reproduction. Au contraire, par leur discrétion, les femelles semblent préférer la survie de leur descendance.

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Déplacements

L'Ibex est un animal calme, placide et felgmatique. Ses mouvements sont toujours effectués au ralenti, sans hâte ni précipitation.

Malgré son lourd poids, il s'agit d'un extraordinaire grimpeur, beaucoup plus à l'aise sur le rocher que le Chamois. On peut l'observer sur des falaises à 80° d'inclinaison. Mêmes les étagnes et leurs cabris passent sur des dalles rocheuses inclinées et très lisses où, par temps humide, on se demande comment ils ne glissent pas ! Dans les zones abruptes, l'animal se déplace sans précipitation, effectuant parfois de petits sauts pieds joints. Lors du franchissement de passages délicats, le poids de la tête encornée des grands mâles leur sert par un mouvement de balancier.

Le Bouquetin trotte rarement mais peut sauter avec agilité pour franchir un obstacle. Ainsi, les Ibex franchissent régulièrement des ruisseaux de 3,50 mètres sans prendre d'élan !

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Bibliographie :

  • CRAVE et PN des Ecrins, 1995. - Faune Sauvage des Alpes du Haut-Dauphiné - Atlas des vertébrés - Tome 1. 303 p.
  • DRAGESCO Eric, 1995. - La vie sauvage dans les Alpes. - Edition Delachaux et Niestlé. 239 p.
  • ONCFS, 1997. - Le Bouquetin des Alpes. - Brochure technique de l'ONCFS n°24. 32 p.
  • Publications de l'Ecole moderne française et des parcs nationaux de France, BT Nature, 1991. - Le Bouquetin. 39 p.
  • WEBER Eric, 1994. - Sur les traces des Bouquetins d'Europe. - Edition Delachaux et Niestlé. 176 p.

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