Page dernièrement modifiée le Mercredi 28 Avril 2010

Colonie de Bouquetins du massif de l'Estrop

 

A travers cette page, je traîterai de la colonie de Bouquetins, en cours de formation, du massif de l'Estrop (Alpes-de-Haute-Provence).

En 2010, le massif de l'Estrop abrite une colonie d'environ 25 individus.


Plan :

 

 


Présentation du massif de l'Estrop

Le sauvage massif de l'Estrop, aussi appelé massif des Trois-Evêchés, culmine à 2961 m à la Tête de l'Estrop. Il s'articule principalement autour du vallon du Lavercq, débouchant lui-même sur la vallée de l'Ubaye (en aval de Barcelonnette) et sur les crêtes environnantes. La Bléone prend sa source sur le versant sud du massif. La haute vallée de la Bléone limite ainsi le massif au sud-ouest, la montagne et la vallée de la Blanche à l'ouest, la vallée de l'Ubaye et les gorges du Bachelard au nord-est et la haute vallée du Verdon au sud-est.

On peut schématiser la partie du massif concernée par la présence de Bouquetins comme un U (Voir carte ci-dessous), avec :

Ce massif représente une limite climatique entre la Haute Provence et les "Grandes Alpes", expliquant sa grande richesse biologique. En effet, de part sa position charnière entre les zones biogéographiques des Alpes internes et des Préalpes de Haute-Provence, le massif subit des influences continentales (Laverq) et supra-méditerranéennes (Haute vallée de la Bléone) marquées. Outre sa richesse floristique importante, plusieurs espèces animales sont présentes : chamois, cerf, loup (une meute installée)...

Sur le plan administratif, le massif se trouve au nord du département des Alpes-de-Haute-Provence, à cheval sur 6 communes : Seyne-les-Alpes au nord-ouest, Le Vernet à l'ouest, Prads-Haute-Bléone au sud-ouest, Allos au sud-est, Uvernet-Fours au nord-est et Méolans-Revel au nord.

Enfin, il est à signaler que le massif de l'Estrop se trouve hors de la zone d'adhésion du Parc national du Mercantour.

Carte d'ensemble du massif de l'Estrop

Photo : © Mathieu KRAMMER

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Historique de la fondation de la colonie

Versant sud du massif de l'Estrop.

Photo : © Patrick ORMEA - Parc national du Mercantour - mai 2008

Au début des années 1990, suite aux opérations de réintroduction de Bouquetins qui eurent lieu en 1987 et 1990 dans la haute vallée du Var et la vallée du Bachelard (nord-ouest du Parc national du Mercantour), 7 mâles adultes ont quitté leurs sites de lâcher, pour séjourner quelques temps dans le massif de l'Estrop. Malheureusement, sans femelle, il n'y a pas eu d'implantation pérenne : un mâle a été braconné, d'autres sont partis ailleurs, d'autres ont disparu. Mais cette arrivée naturelle de Bouquetins a toutefois prouvé que ce massif est atteignable par des individus venus de la population du nord-ouest du Parc national du Mercantour.

Suite à cet épisode, pendant plusieurs années, aucune présence pérenne d'individus n'a été renseignée dans le massif. Mais le massif étant vaste, très sauvage et somme toute assez peu parcourue, ceci ne veut absolument pas dire qu'il n'y en avait pas...

Au début des années 2000, des observations de jeunes mâles ont été renseignées, sans doute de jeunes erratiques. Lors de l'hiver 2005/2006, un vieux mâle a fréquenté le secteur des Agneliers, sur le versant est de la Grande Séolane, au nord-est du massif, faisant la "jonction" entre le massif de l'Estrop à proprement parler et la vallée du Bachelard d'où il était très certainement issu.

Mais c'est à partir de l'été 2007 que les observations vont se multiplier et permettre de saisir un peu mieux la situation de cette colonie naissante. En juillet 2007, un agent de l'ONCFS observe 2 jeunes mâles de 3-4 ans au Pic des Têtes. Dès lors, après que le gardien du refuge de l'Estrop soit avisé, de nouvelles observations vont être collectées, les semaines suivantes, émanant de particuliers. Deux d'entre elles sont jugées particulièrement fiables :

Le Parc national du Mercantour est avisé de ces observations à l'automne.

Le 4 mars 2008, des agents du Parc national du Mercantour (secteur du Haut-Verdon) observent un groupe de 6 Bouquetins (4 femelles, 1 éterle et 1 jeune mâle) dans des barres rocheuses entre la Tête du Bau et la Tête de Chabrière. Cette observation particulièrement intéressante prouve que des individus hivernent sur le massif et qu'il ne s'agit pas d'une présence essentiellement estivale, d'individus qui retourneraient passer l'hiver dans le noyau du Bachelard.

Le 10 mai 2008, un groupe de 7 Ibex (4 femelles, 1 éterlou ou éterle et 2 jeunes mâles de 3-4 ans) est observé dans le même secteur, par un agent de l'ONCFS. Quelques jours plus tard, une prospection plus importante est menée conjointement par 6 équipes de l'ONCFS et du PNM. Tous les versants sud, du massif de l'Aiguillette à l'ouest, jusqu'à la crête de la Basse à l'est, sont prospectés, mais seul le groupe déjà observé le 10 mai est contacté, au même endroit.

Afin de déterminer si des reproductions ont lieu dans le massif, une nouvelle journée de prospection est organisée le 30 juillet 2008 par deux équipes de l'ONCFS. L'une prospecte la crête à l'ouest du massif (du col des Têtes au Puy de la Sèche) et observe un jeune mâle de 3-4 ans au col des Têtes ; l'autre prospecte les crêtes de Chabrière et la crête des Grillas (sud du massif) et observe un groupe de 16 Bouquetins sur la tête de Chabrière (6 femelles, 6 cabris de l'année, 2 éterles et 2 éterlous).

Durant l'été 2009, une harde d'une vingtaine de Bouquetins dont 6 jeunes de l'année, des femelles, des jeunes d'un ou 2 ans et au moins un gros mâle, est observée entre Roche Close et le Puy de la Sèche. Pour l'anecdote, une randonneuse me fait part de son observation du jour de 2 Bouquetins mâles (dont j'estime l'âge à 3-4 ans) le 19 juillet 2009 au niveau du col de la Pierre, versant est. Voir la vidéo ci-dessous. Cette zone est donc toujours fréquentée par de jeunes mâles.

En août 2010, 23 individus sont dénombrés lors d'une prospection élargie regroupant agents du Parc, de l'ONCFS SD04, du PSIG de Jausiers et quelques particuliers (7 circuits définis) sur l'ensemble des crêtes du massif. Deux groupes de bouquetins sont observés : trois femelles et trois cabris se situent sous " Roche Close " et dix-sept femelles et jeunes (6 femelles, 5 cabris, 6 jeunes de l'année précédente) se trouvent sous le " Puy de la Sèche". La semaine suivante, deux mâles sont observés sous "Roche Close" côté Seyne les Alpes par un bergers, revus quelques jours plus tard en compagnie de femelles et jeunes. Ces observations sont attestées par des photographies.

De part ce qu'on a déjà pu observer dans les années 1990 et l'absence d'autres populations dans les environs, il est clair que cette colonie est issue d'individus émigrants venus de la proche vallée du Bachelard.

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Situation actuelle de la colonie

Très clairement, une petite population est actuellement en cours d'installation dans le massif de l'Estrop. Si sa présence n'est avérée que depuis l'été 2007, sa fondation est probablement antérieure, à partir d'émigrations depuis la population de la rive droite de la vallée du Bachelard.

En août 2010, 25 Bouquetins ont été observés lors d'une prospection menée par les personnels du Parc National du Mercantour, du PSIG de Jausiers, de l'ONCFS. Il s'agissait de 9 femelles adultes, 8 cabris de l'année, 6 jeunes d'un an et 2 mâles.

On notera que le taux de reproduction est très important (en 2010, 8 cabris pour 9 femelles), phénomène classique chez les petites populations en cours de colonisation. Par contre, la structure des sexes et des âges montre un très faible nombre de mâles (jamais plus de 2), par ailleurs assez jeunes (les plus vieux observés ont 3-4 ans). 2 explications sont possibles : soit il y a plus de mâles que ceux qu'on observe mais leur territoire estival n'est pas connu ; soit il y a réellement peu de mâles dans cette colonie et le fort taux de reproduction s'expliquerait par une présence de l'espèce sur le massif de l'Estrop en grande partie estivale (seule une petite proportion d'individus hiverneraient, comme ceux observés en mars 2008), la majorité des individus retournant hiverner plus à l'est, parmi le noyau de population du Bachelard.

A partir des deux années de suivi, deux zones d'estive différentes semblent se dessiner : femelles et jeunes se trouveraient d'avantage sur la crête Sud, principalement au niveau de la Tête de Chabrières jusqu'à Roche Close ; tandis que de jeunes mâles adultes fréquenteraient cette crête plus au Nord-Ouest, jusqu'à l'Aiguillette et le Pic des Têtes. A noter toutefois qu'en septembre 2009 et septembre 2010, 2 femelles (et 2 jeunes en 2009) ont été observées au sommet de la Grande Séolane, crête en rive droite du vallon du Laverq.

En été, il serait également intéressant de prospecter d'autres secteurs du massif, comme la crête de la rive droite du vallon du Laverq, allant des Trois-Evêchés à la Petite Séolane, afin de savoir si des groupes n'y sont pas présents à la belle saison.

La zone d'hivernage découverte en mars 2008 se trouve sur le versant sud du massif, dans un secteur très escarpé et difficile d'accès. Peut-être qu'une autre est encore à découvrir.

En 2010, 3 mâles et 3 femelles ont été observés par des agents du Parc aux Rochers de la Gardette, au dessus de Colmars les Alpes, en rive droite de la haute vallée du Verdon. Cette zone se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud-est du secteur occupé en été. S'agit-il d'individus de l'Estrop ou d'individus des Tours du Lac d'Allos, en face de la Gardette mais de l'autre côté de la vallée du Verdon ?

La présence de plusieurs femelles reproductrices est une excellente nouvelle pour la pérennité de cette nouvelle population. Bien qu'on n'y ait pas encore observé de grands mâles adultes, de jeunes mâles adultes sont présents, qui peuvent jouer le rôle de reproducteur.

Il serait très intéressant de savoir si cette colonie est installée à l'année, si cette présence est essentiellement estivale (avec hivernage dans le Bachelard) ou s'il s'agit d'une situation intermédiaire (une partie des individus installés à l'année et une autre retournant hiverner dans le Bachelard). Pour cela, il faudrait identifier puis recenser les zones d'hivernage, mais ce massif très accidenté est peu prospectable en hiver.

Cette colonie a de bonnes chances de se développer, dans des conditions écologiques très favorables. Elle est actuellement suivie par le service départemental de l'ONCFS des Alpes-de-Haute-Provence.

Evidemment, tous les utilisateurs du massif (naturalistes, randonneurs, chasseurs, éleveurs...) sont vivement inviter à apporter leurs contributions au suivi en faisant part de leurs éventuelles prochaines observations de Bouquetins dans le massif de l'Estrop. N'hésitez donc pas à me signaler vos observations (math83160k@yahoo.fr), que je transmettrai au service départemental de l'ONCFS et au Parc national du Mercantour.

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Bibliographie :

  • CHARTRAIN Arnaud, 2011. - Suivi de la population de bouquetins de Alpes massif de l'Estrop - 2010. Service Départemental 04 ONCFS.
  • DAHIER Thierry, 2008. - Compte-rendu Prospection Bouquetin Massif de l'Estrop 30 juillet 2008. Service Départemental 04 ONCFS.
  • ORMEA Patrick (Parc National du Mercantour), com. pers. (2007, 2008, 2009 et 2010).
  • VILLARET & al., 2003.- Fiche ZNIEFF n°04-115-100 "Massif de la Montagne de la Blanche - Vallon de la Blanche de Laverq - Tête de l'Estrop - Montagne de l'Ubac - Haute vallée de la Bléone". Inventaire du Patrimoine Naturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur. DIREN PACA & Conseil Régional PACA.

Copyright © 2003-2010 - Mathieu Krammer - Tous droits réservés


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